CINÉ TÉLÉ REVUE – Guillaume Canet : “Arrêtons de manger de la merde”

Guillaume Canet dans “Au nom de la terre”. O’Brother

« L’acteur français est magistral dans “Au nom de la terre”, un drame biographique en salle à partir d’aujourd’hui, à voir absolument pour ouvrir les yeux sur le drame des agriculteurs.

En 1997, alors qu’il n’était âgé que de 16 ans, Edouard Bergeon a vu son père, agriculteur et éleveur de chevreaux et de poulets, mourir devant lui après avoir avalé des produits chimiques utilisés pour ses champs. Le fermier était dépressif, à bout après des années d’un labeur éreintant dont le résultat n’avait été que de s’endetter toujours plus pour survivre. Devenu journaliste, Bergeon a tiré un documentaire de son expérience, “Les fils de la terre”, base pour “Au nom de la terre”, drame biographique dans lequel Guillaume Canet reprend le rôle du fermier, avec un investissement total. Il joue dans les bottes du père, porte son ceinture, a copié sa calvitie, par respect pour cet homme.

Edouard Bergeon, le réalisateur, s’est inspiré de l’histoire de son père. © O’Brother/Philippe Vandendriessche

“Au nom de la terre” est un film académique dans sa forme, simple. Son intérêt est de nous ouvrir les yeux sur un milieu qu’on connaît mal et une réalité effrayante. Tous les deux jours, un agriculteur se suicide en France. Un drame à peine cité. A l’heure de “l’agribashing”, le sort des agriculteurs traditionnels “non bio”, accusés de polluer les sols, de massacrer les animaux, de pourrir notre assiette, ne touche guère. Loin des clichés, “Au nom de la terre” nous fait toucher du doigt la complexité de la situation, qui ne se résume pas à un affrontement “bio et non bio”. Il nous fait réfléchir à des pistes pour l’avenir. Parce que le sort des agriculteurs concerne est aussi notre assiette et notre santé. Extraits de notre interview de Guillaume Canet, à retrouver dans votre Ciné-Télé-Revue de ce jeudi.

En tant que fils d’éleveur de chevaux, le sujet d’“Au nom de la terre” ne pouvait que vous intéresser…

Je me suis toujours senti proche des gens de la terre, mais ce sujet nous concerne tous. Je suis aussi un père de famille et je n’ai pas envie que mes enfants mangent de la merde, des trucs importés bourrés d’hormones, d’antibiotiques. Les paysans français comme belges savent faire des produits de qualité, mais on ne leur en donne pas moyens. Ce n’est pas normal. Il faut réveiller les consciences, dire aux consommateurs : Vous avez un droit et un pouvoir de dire : Stop. J’ai envie de manger local, de saison.” Je sais que tout le monde n’a pas les moyens de manger bio, mais on doit pouvoir raccourcir le circuit pour que les agriculteurs gagnent leur vie.

Anthony Bajon joue le fils de Guillaume Canet, et le double du réalisateur, Edouard Bergeon. © Nord-Ouest Films

Le message d’Edouard Bergeon, c’est de rappeler qui sont les gens qui remplissent notre assiette…

Et que cette assiette, c’est aussi notre santé, oui ! Il est temps de le comprendre. Les agriculteurs sont les premières victimes de la situation. Si on veut que ça change, il faut leur donner les outils pour le faire, en arrêtant d’accepter de manger de la merde. Pour que les industriels cessent de leur mettre la pression tout en se faisant des marges de fous. Les agriculteurs gagnent beaucoup mieux leur vie sur le circuit court, local, bio.

Vous-même avez changé vos habitudes ?

Ça fait longtemps. Marion est très impliquée dans la cause environnementale et avec elle j’ai appris à faire attention. On a deux enfants, on a adapté notre manière de vivre, bien sûr, et surtout quand vous voyez les maladies qu’on peut se choper maintenant. Les pesticides, il faut quand même bien prendre conscience que ça tue le vivant. A partir du moment où ça tue le vivant, ça tue l’homme.

Les conseils de Guillaume Canet pour consommer mieux

Le changement demande du temps, mais les choses évoluent. Les industriels alimentaires ont perdu 1 % de clients. Des gens qui consomment moins, mais mieux. Allez sur un site comme Yuka. Cette application mobile scanne le code-barre de votre aliment. Les gens font attention à ce qu’ils mangent et le résultat, en France, est que le patron d’Intermarché a annoncé retirer 149 additifs de tous les produits de leur marque.” (infos : yuka.io)

“Vous connaissez ‘’C’est qui le patron ?’’ C’est un organisme créé par des consommateurs, sans intermédiaire entre eux et le producteur. Ils acceptent de payer un tout petit peu plus cher – par exemple, par an, la farine coûte… 4 euros en plus, à peu près. Cette marge permet aux paysans de gagner un minimum d’argent. Il y a déjà 30 produits, du lait, du beurre, du fromage.”»

Jean-Jacques Lecocq

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