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catégorie : Divers
26 Mar 2018

Les bienfaits des consommateurs responsables

 

Nicolas Chabanne, créateur des marques Gueules cassées et « C’est qui le Patron ?! » ARNAUD DUMONTIER/MAXPPP.

 

On l’associe volontiers aux producteurs de café d’Amérique du Sud. Mais depuis peu, le commerce équitable profite également aux paysans français. Confitures, lentilles, jus de fruits, huile de tournesol… Les produits équitables made in France sont de plus en plus nombreux sur les étals des supermarchés et des magasins bio.

 

Selon les chiffres publiés par Commerce Équitable France, leur consommation a bondi de 155 %, à 275 millions d’euros en 2016. Au même moment, les filières internationales, issues des pays en développement, affichaient une hausse plus modérée de 21 %, à 673 millions d’euros. « Historiquement, le commerce équitable a été inventé pour faire face à la chute des prix du café dans les pays du Sud, explique Julie Stoll, Déléguée générale de Commerce Équitable France. Mais quand les cours de certaines denrées alimentaires produites en France se sont effondrés, l’instauration de règles assurant une plus juste rémunération des producteurs s’est imposée ». Et le marché n’en est encore qu’à ses débuts. Jusqu’à récemment, le commerce équitable hexagonal n’avait pas d’existence légale. Mais en juillet 2014, la loi Économie sociale et solidaire a ouvert la voie aux agriculteurs français, autorisés à utiliser la mention « commerce équitable ». Selon Commerce Équitable France, 4 500 agriculteurs français avaient intégré une de ces filières en 2015.

Une initiative pour les producteurs laitiers

Plus largement, tous les nouveaux modes de consommation dits responsables favorisent les producteurs hexagonaux. En témoigne le succès de l’initiative « C’est qui le Patron ?! », lancée pour assurer un revenu à des producteurs laitiers français. Vendue 0,99 €, cette brique UHT permet aux fermiers de récupérer 0,39 € par litre au lieu de 0,30 € à 0,32 € habituellement. Mise en orbite à l’automne 2016, la marque a déjà écoulé 40 millions de litres de lait. D’autres initiatives du même type, comme Laitik en Bretagne, Cœur de Normandy en Normandie, Équilait dans la Sarthe ou le lait Faire France ont vu le jour. « Les gens ne veulent plus que leur argent alimente un système qui détruit de la valeur pour les producteurs, explique Nicolas Chabanne, créateur de « C’est qui le Patron ?! ». Les distributeurs ont longtemps pensé à notre place. Mais quand le consommateur prend la parole, il vote pour plus de qualité, une meilleur rémunération du producteur et des circuits courts : made in France et consommation responsable ont le même ADN », complète-t-il. D’abord une marque, « C’est qui le Patron ?! » s’impose peu à peu comme un label. Des yaourts ou des cidres ainsi estampillés sont proposés aux consommateurs.

La grande distribution fait le pari du commerce équitable

La moitié des ventes des produits équitables français se fait aujourd’hui via des boutiques bio. Le réseau de distribution Biocoop écoule ainsi ses produits siglés « Ensemble solidaires avec les producteurs » alors que la coopérative Ethiquable développe le label « Paysans d’ici ». La grande et la moyenne distribution ne représente encore que 3,4 % des ventes de produits équitables français, contre près de 42 % pour les filières internationales. Ce qui ne veut pas dire que le made in France est absent des rayons des hypers. La Fédération indépendante du made in France (FIMIF) a analysé les produits alimentaires des marques distributeurs de dix grandes enseignes. Elle constate que 40 % d’entre eux sont d’origine française. Les marques terroir font depuis longtemps partie du marketing des grandes surfaces (avec Reflets de France de Carrefour, Nos régions ont du talent de Leclerc ou Sélection de nos régions de Leader Price…).

 

Historiquement créée pour casser les prix, la grande distribution commence doucement à faire le pari du commerce équitable. Une grande partie du succès de « C’est qui le Patron ?! » s’est ainsi jouée dans les rayons des hypermarchés. « Le métier de la grande distribution est de mettre en rayon un produit qui correspond aux attentes, elle ne pouvait pas passer à côté du phénomène », explique Nicolas Chabanne. Le consommateur veut manger mieux tout en garantissant les revenus de producteurs locaux. « Les acheteurs sensibles à la bio sont aussi plus sensibles aux circuits courts et au commerce équitable. Ces démarches ne s’opposent pas, elles sont complémentaires », assure Julie Stoll. Selon un récent sondage OpinionWay, 93 % des Français seraient prêts à payer plus cher pour acheter des produits s’ils sont fabriqués dans leur région.

 

GASPARD DHELLEMMES

 

Le Journal du Dimanche – dimanche 25 mars 2018