Quand le Président de la République parle de « C’est qui le Patron ?! » et de la belle histoire des jeunes éleveurs de Mayenne

catégorie : Divers
11 Oct 2017

Le Président de la République Emmanuel Macron a pris en exemple cet après-midi, à l’occasion de son discours officiel des États Généraux de l’Alimentation, « C’est qui le Patron ?! », la démarche solidaire initiée par les consommateurs en soutien aux producteurs, exhortant même les différents acteurs à s’en inspirer :

« Cette démarche, ce cas concret que je viens d’évoquer, je souhaite que vous puissiez collectivement le généraliser et revaloriser les 2,4 milliards de litres de lait de consommation en France, vous engager sur une contractualisation pluriannuelle et sur la philosophie que je viens d’évoquer. »

Il a également évoqué lors de ce discours très attendu l’histoire de Fanny et Benoit, le couple de jeunes éleveurs mayennais exemplaires qui ont tout fait pour trouver une solution et qui ont rejoint récemment « C’est qui le Patron ?! ». Quelle est leur histoire ? Fanny et Benoit sont de jeunes producteurs de la région de Laval qui, avec 7 autres familles, nous ont appelés en souhaitant rejoindre l’initiative pour faire du lait « C’est qui le Patron ?! », un lait ingrédient, c’est-à-dire un lait destiné à entrer dans la composition de produits laitiers (yaourt, beurre, fromage blanc, riz au lait, etc.). Cette extension permet d’augmenter considérablement les volumes écoulés et, du même coup, le nombre d’éleveurs laitiers bénéficiant d’une plus juste rémunération. Ils avaient reçu la visite du Président en février dernier et lui avaient fait part de leurs grandes difficultés. Ils lui avaient également exprimer leur grande envie de changement à travers un projet innovant. Aujourd’hui, c’est devenu une réalité et leur avenir s’est éclairci (leur production va être valorisée et 7 premières familles en Mayenne vont voir leurs horizons s’éclairer).

Ce projet d’extension est née de la rencontre entre « La Marque du Consommateur », la Laiterie de Saint-Denis de l’Hôtel et un groupe de jeunes producteurs mayennais représentés par Benoit Filoche, initiateur côté producteurs de ce projet. Cette connexion s’est faite via Audrey Bourolleau, Conseillère agriculture d’Emmanuel Macron (qui a lui-même rencontré le groupe d’éleveurs concernés en février dernier dans leur région). Ces derniers, véritables chevilles ouvrières du projet, travaillaient depuis quelques mois à la construction d’un projet vertueux visant à reconsidérer leurs modes de production en se connectant plus directement aux attentes des consommateurs. En juillet dernier, à l’occasion des États Généraux de l’Alimentation, Audrey Bourolleau a fait le lien entre les différents acteurs pour permettre un rapprochement débouchant aujourd’hui sur la naissance d’un « lait ingrédient » innovant, créé, validé et contrôlé par les consommateurs eux-mêmes en relation directe avec les producteurs. L’objectif est de faire évoluer les mentalités pour assurer la diffusion la plus large possible d’un lait de qualité, garantissant une meilleure rémunération aux producteurs. Deux premiers accords ont tout de suite été trouvés. Carrefour qui intègre ce lait ingrédient dans deux produits phares fabriqués sous sa marque de distributeur : les yaourts natures et le fromage blanc ; Monoprix qui annonce que la totalité du lait vendu sous ses marques distributeurs devient équitable et durable grâce à l’intégration du lait « C’est qui le Patron ?! » dans toutes ses briques et bouteilles de marque Monoprix.

Ces deux premiers partenariats vont permettre de valoriser d’ores et déjà 23 millions de litres de lait ingrédient équitable supplémentaires (via seulement deux produits, d’autres suivront). L’utilisation de ce lait sera signalée sur les produits partenaires par un logo distinctif et un dispositif innovant et reconnaissable : une frise d’encadrement du produit mentionnant sur tout le pourtour du produit concerné « Ce produit est fabriqué à partir du lait « C’est qui le Patron ?! ». Créé par les consommateurs, ce lait rémunère au juste prix de 39 centimes son producteur pour plus de qualité (vaches profitant du pâturage 3 à 6 mois, alimentation sans OGM, fourrages locaux, exploitations familiales). Il est contrôlé et validé par les consommateurs eux-mêmes. » #SoutienAuxProducteurs

L’extrait du discours d’Emmanuel Macron donné à l’occasion des États Généraux de l’Alimentation le 11 octobre 2017 #EGALim :

« Vous savez, en préparant ces États Généraux, en regardant vos travaux, en réfléchissant à ce que j’allais vous dire, je me remémorais non seulement certains déplacements d’il y a quelques mois, mais les échanges que j’ai pu avoir avec certains d’entre vous, présents dans la salle ou absents, qui montraient d’où viennent parfois les solutions.

J’étais il y a quelques mois en Mayenne et je me souviens très bien d’un couple de jeunes agriculteurs, Monsieur le Ministre, c’est un bon territoire, qui impliqué dans la filière laitière me disait toutes les difficultés qu’il avait à vivre. Il venait d’investir 700 000 €, un jeune couple, en disant « vous revenez dans 30 ans, je suis à peu près à la même situation parce que je n’aurai peut-être même pas amorti ces investissements, parce que quand on est rémunéré comme je le suis aujourd’hui à – ça devait être environ 300 € pour les 1 000 litres – on ne peut pas vivre », il ne se payait pas le SMIC ! Ce couple a réussi à rentrer dans une démarche « C’est qui le Patron ?! » et a signé un accord tripartite producteur-transformateur-distributeur.

Cette démarche ne doit rien à l’État, c’est une de ces démarches locales qui est faite avec des acteurs qui sont ce que vous représentez et ils ont réussi en quelques mois à totalement changer à la fois de perspectives mais de vie au quotidien ! Et on a un couple de jeunes agriculteurs qui a de la visibilité sur ses investissements, se rémunère environ 1,5 SMIC et a réussi à avoir un contrat qui lui donne de la visibilité en prix et volumes et d’ores et déjà ils ont commencé à monter en gamme. Et donc ils vont rechercher, ils me l’ont dit, dans les prochains mois une appellation un peu plus spécifique et ils pourront faire comme leurs collègues dans le Salers ou dans le Comté l’ont fait pour monter en qualité et ne plus jamais être aux 300 € que j’évoquais tout à l’heure.

Tout ça pour vous dire que la solution n’est pas que dans une loi, que dans une disposition émanant d’en haut, elle est aussi dans l’initiative qui sera prise partout sur le terrain et par tous les acteurs. Cette démarche, ce cas concret que je viens d’évoquer, je souhaite que vous puissiez collectivement le généraliser et revaloriser les 2,4 milliards de litres de lait de consommation en France, vous engager sur une contractualisation pluriannuelle et sur la philosophie que je viens d’évoquer.

Voilà ce que j’attends de vous sur ce plan-là, voilà la transformation productive collective que nous devons conduire. Alors je sais qu’il y aura des sceptiques, il y aura des fatalistes, vous savez, je m’y suis habitué, plus exactement j’ai toujours refusé de m’y habituer. Alors chacun et chacune d’entre vous prenez vos responsabilités, il y en a qui hausseront les épaules, qui prendront des mines l’air d’avoir tout vu et qui diront « On n’y n’arrivera jamais à tout ça ! » et qui décideront de se rebattre comme ils se sont toujours battus et puis peut-être parce qu’il y aura une majorité d’entre vous qui aura décidé de prendre ses responsabilités et qu’ils auront à leurs côtés comme vous l’avez compris un gouvernement qui le fera, vous aurez changé les choses. Moi je crois aux volontaires, je ne crois pas aux sceptiques. »